Michel revient à la maison 15 jours après avoir quitté le domicile familial. Il apprend que son employeur a décidé de se «priver» de ses services. Il devra se contenter des maigres prestations de l’assurance-chômage. Sa famille connaît donc le même sort que celle des grévistes.
Mgr Charbonneau reconnaît «la classe ouvrière»
Enfin, le 29 avril, alors que la grève sévit depuis plus de deux mois, le clergé décide d’agir. La Commission sacerdotale d’études sociales, avec l’accord de la Commission épiscopale des questions sociales, appelle la population à venir en aide aux travailleurs de l’amiante.
Mgr Joseph Charbonneau, archevêque de Montréal et président de la Commission épiscopale des questions sociales, lance un appel au secours en faveur des grévistes de l’amiante, à l’occasion de son sermon dominical, le 1er mai 1949, fête internationale des travailleurs.
«ON VEUT ÉCRASER LA CLASSE OUVRIÈRE», titre Le Devoir, qui rapporte ainsi ses propos:
En ce jour, je ne puis m’empêcher de penser ardemment à un groupe de mamans du Québec qui vivent présentement des heures angoissantes, ne sachant pas comment elles nourriront leurs enfants demain. […]
La classe ouvrière est victime d’une conspiration qui veut son écrasement et quand il y a conspiration pour écraser la classe ouvrière, c’est le devoir de l’Église d’intervenir.
Nous voulons la paix sociale, mais nous ne voulons pas l’écrasement de la classe ouvrière. Nous nous attachons plus à l’homme qu’au capital. Voilà pourquoi le clergé a décidé d’intervenir. Il veut faire respecter la justice et la charité et il désire que l’on cesse d’accorder plus d’attention aux intérêts d’argent qu’à l’élément humain. […] On doit savoir que notre cœur est et restera tout près de la classe ouvrière.
On organise des quêtes sur les perrons des églises de 12 diocèses. 167 558,24$ seront ainsi amassés, dont le tiers dans le diocèse de Montréal. Tous les diocèses ne sont pas aussi généreux, certains évêques préférant toujours manger dans la main du «cheuf».