Témoignages
• PROVOCATEUR
«Il est d’une honnêteté brutale, totalement bête. Ce genre de personnes-là, il n’y en a tellement plus que, quand tu en rencontres un je dis que c’est une espèce de phénomène. Dans un sens, j’ai toujours considéré Michel comme une manière de Christ parce qu’il a la même pureté et la même droiture que le Christ a eues en son temps et aussi le même sens de la provocation. C’est le plus grand provocateur que j’aie rencontré dans ma vie. Et c’est un provocateur qui ne s’est jamais usé. Généralement, les gens qui ont le sens de la provocation l’ont jusqu’à l’âge de 27 et ensuite, ils se calment, mais Michel ne s’est jamais calmé. C’est quand même agréable de voir que des gens peuvent continuer d’avoir le sens de la provocation même à 80 ans et plus.»
• PUDEUR
«Je connais Michel comme étant un homme généreux et qui a
beaucoup de pudeur. Il a une espèce de couche profonde un peu mystique qui ne l’empêche pas de s’exprimer avec fracas. Donc, cette timidité, c’est plus de la pudeur, ce n’est pas de la pudibonderie. Il a un respect de l’être humain. Cette pudeur et ce respect de l’être humain sont tellement profonds que lorsqu’il voit qu’on les méprise, il éclate comme un volcan et ça se transforme en une canonnade épouvantable vis-à-vis de ceux qui agissent par mépris contre ces valeurs humaines et cette pudeur intime d’une personne humaine.
Son expression a l’air contradictoire; c’est qu’elle est tellement profonde, tellement grande que l’éclatement, avec le tempérament qu’il a, fait que c’est un volcan qui éclate.»
• RANCUNE
«Il oublie très vite ce qui s’est passé. Il ne revient jamais sur les choses comme ça. Il n’a pas d’agressivité mesquine. Il n’y a aucune mesquinerie chez Michel.»
• RESPECT
«Le tout premier souvenir que j’ai, c’est le respect ambigu parce que dans mon milieu d’origine, qui était très pauvre, il y avait une admiration secrète pour Michel Chartrand. En parler trop ouvertement, c’était endosser ses excès, son langage. On gardait ça en dedans. On l’aimait beaucoup et on le rejoignait, mais on n’allait pas se battre la gueule sur la place publique pour Chartrand. C’était trop à défendre d’un seul coup.»
• SAINT
«Michel, c’est un saint diabolique. Il passe sa vie à chasser les vendeurs du temple.»
«Michel, c’est un gars qui a vraiment une pensée religieuse. Il venait à l’occasion me voir à la campagne.
Il arrivait généralement à brûle-pourpoint. Il était d’ailleurs extrêmement timide quand il arrivait comme ça, il avait toujours l’impression de déranger. Je me souviens d’avoir dit à ma compagne et à des amis que ce gars-là, c’est un saint, et personne ne le réalise. Je n’en ai pas connu beaucoup dans ma vie: Jean Vanier, Michel et peut-être deux ou trois autres. Je me souviens qu’une de mes amies m’avait demandé ce que j’avais en commun avec lui,
elle disait: “Il me semble que ça n’a pas de bon sens que vous vous aimiez.” Je lui ai dit: “Je le connais depuis toujours et c’est un gars à qui je suis toujours resté attaché de façon sensible. Probablement, ce qui m’attire chez ce gars-là, c’est l’espèce d’incarnation de ce que devrait être un saint.” Je pensais qu’elle était pour tomber à terre. Parce que quelqu’un qui ne connaît Michel que par ses déclarations publiques, par ses apparitions publiques, comme 90% de la population, il doit penser que c’est un crisse de fou.»
«Quand je dis que Chartrand est mystique, c’est qu’il y a toujours eu un combat entre le bon et le mauvais en lui. C’est aussi bête que ça. Ça fait partie de sa vie depuis toujours. Quand tu dis qu’il culpabilise, c’est par rapport à l’idéal qu’il s’est donné comme objectif à atteindre et qu’il n’a jamais atteint et il est assez conscient et honnête pour reconnaître qu’il n’a pas été du tout le gars qu’il aurait voulu être. Lui aurait aimé être un saint. Je suis sûr que c’est le défi qu’il s’était donné à la Trappe.
Les sautes d’humeur qu’il avait n’étaient pas dirigées contre nous mais contre lui-même. Toute sa vie, ça a été ça: ce qu’il aurait voulu être et ce qu’il n’a pas été capable d’être. Tant qu’il ne reconnaîtra pas qu’il n’est pas un saint mais juste un maudit bon gars, il va avoir des problèmes.» |