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Sa vocation: le syndicalisme
Une première grève à Sherbrooke
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Mercredi le 27 septembre, 2006

CHAPITRE HUIT
Permanent syndical


Sa vocation: le syndicalisme

— Vous savez, monsieur Chartrand, avant que vous veniez ici, on s’entendait bien.

— Je comprends, vous agissiez en bon père de famille: vous bottiez le derrière à vos employés tant que vous le vouliez. C’est fini ce temps-là.

C’est en ces termes fort simples que Michel vient d’expliquer à un patron d’une usine de textile de la région de Sherbrooke que le paternalisme n’a pas sa place dans les relations de travail.

Fort de l’expérience précieuse qu’il a acquise à Asbestos, Michel Chartrand dépose une demande d’emploi à la Fédération du vêtement de la CTCC. Sous les conseils de Gérard Picard, président de la CTCC, qui a pu constater les talents de Michel dans la grève de l’amiante, le président de la Fédération, Angelo Forté, embauche Michel Chartrand et décide de l’affecter au règlement des griefs.

— On aurait besoin de quelqu’un pour s’occuper des usines de vêtements pour homme. Connais-tu ça, des griefs?

— C’est quand la compagnie ne respecte pas la convention collective.

Voilà, tout compte fait, l’entraînement que Michel reçoit avant de s’enrôler dans le syndicalisme, sa nouvelle vocation.

Il travaille au sein des syndicats des régions de Québec, Farnham, Victoriaville et Sherbrooke. Dans la plupart des cas, il s’agit d’usines qui ont fui la région de Montréal pour échapper à l’emprise de l’Amalgamated Clothing Workers of America, une union américaine. Les syndicats catholiques étaient déjà en place depuis plusieurs années, mais ils étaient devenus de véritables syndicats de boutique. Sous l’impulsion de Michel, les choses vont commencer à bouger, à la grande surprise des patrons et même des syndicats catholiques, généralement peu enclins à entamer des poursuites ou à lancer des griefs. Ces usines de textile emploient majoritairement des femmes, qui travaillent sur des machines à coudre, tandis que le personnel masculin est affecté à la coupe. «Les plus belles jobs, c’est pour les hommes!» s’exclame un Michel Chartrand contestataire qui fait ses classes.

Une première grève à Sherbrooke


À Sherbrooke, Michel et des organisateurs de la Fédération convoquent les travailleuses et les travailleurs du textile à une assemblée générale.

Un vote de grève est demandé et les travailleuses votent massivement en faveur d’un débrayage. Comme la plupart des travailleuses habitent en pension à Sherbrooke, elles pourront toujours retourner, en cas de pépin, dans leurs familles, qui se feront un devoir de les aider. C’est là leur grande force. Elles peuvent ainsi tenir plus longtemps, et cela Michel l’avait prévu.
Entre-temps, Gérard Picard et ses camarades négocient activement avec les représentants de la compagnie à Montréal. Michel Chartrand est nommé directeur de grève et il doit se tenir sur le qui-vive. Il a prévenu ses délégués: si les négociations stagnent, il leur fera signe du trottoir, en face de l’usine, et ce sera le débrayage.
À un moment donné, Michel reçoit un appel téléphonique de Picard qui lui annonce que les négociations sont rompues.
Après cet appel, il se rend sur le trottoir et, apercevant une fille à la fenêtre, il lui fait signe de quitter l’atelier avec ses collègues.

Les délégués de département, avertis de la consigne, avisent tous les membres du syndicat, qui, sans mot dire, quittent l’usine dans l’ordre et dans le calme. Les contremaîtres sont stupéfaits, ignorant tout de la décision des employés. La grève durera près de cinq mois. Michel Chartrand, à peine connu à l’époque, commencera à se faire une réputation chez les patrons. On le traitera publiquement de «maudit communiste», l’opprobre suprême à l’époque de la chasse aux sorcières.




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