CHAPITRE HUIT Premier congrès syndical
En 1950, Michel Chartrand assiste pour la première fois au congrès syndical de la CTCC. Il note qu’il y a énormément de travail à faire un peu partout au Québec pour bâtir un mouvement syndical fort et représentatif. Il découvre par la même occasion que le mouvement syndical n’est plus la chasse gardée des hommes. Arrivées massivement sur le marché du travail, les femmes chercheront à se faire représenter adéquatement, transformant petit à petit les pratiques syndicales.
Le piano de Simonne
Comme on peut s’en douter, toute cette agitation syndicale n’est pas de nature à favoriser l’économie familiale du couple Monet-Chartrand. Celui-ci connaît de nouveau des heures sombres et difficiles. Que faire pour tenter de joindre les deux bouts lorsque les fonds viennent à manquer dramatiquement? Simonne se décide à vendre son piano qu’elle chérissait tant. Avec l’argent ainsi obtenu, elle pourra nourrir sa famille quelques semaines, voire quelques mois, en attendant des jours meilleurs. C’est beaucoup plus l’absence du père auprès de ses enfants qui pèse lourd. Aucune vente de piano ne pourrait la combler. Et il n’y a pas que Simonne pour se plaindre.
Les cinq enfants, eux aussi, demandent des explications, que Simonne tente de leur fournir en leur expliquant que leur père travaille à aider les ouvriers et les plus démunis. Ce père, qu’elle qualifie ironiquement de «Canadien errant», n’est que très rarement présent pour voir à l’éducation des cinq enfants, une tâche extrêmement lourde à porter lorsqu’on est seule à la maison! Michel passe, en effet, toute la semaine à l’extérieur, arrivant le vendredi soir pour repartir bien souvent le dimanche soir. Simonne en vient à jalouser les personnes, hommes et femmes, qui côtoient l’amour de sa vie, «exilé» dans la région de Sherbrooke. |