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La grève de Dupuis et Frères en 1952(SUITE)
 

Mardi le 03 octobre, 2006


CHAPITRE HUIT
La grève de Dupuis et Frères en 1952(SUITE)



Un gréviste est arrêté au moment de cet incident. Michel Chartrand et Pierre Vadeboncœur, avocat au service de la centrale syndicale, se rendent tous deux au poste de police no 1 où était détenu ce manifestant. Vers 18 h 30, ils voient surgir Camillien Houde, habillé de frais dans un complet pâle, hors de lui, tonitruant, accompagné de son avocat, Me Masson. Il veut, de toute évidence, s’en prendre au prisonnier. Pierre Vadeboncœur se souvient que le maire de Montréal avait l’air d’un ogre qui n’avait pas mangé depuis deux jours. Michel tente alors de calmer ses ardeurs, mais sans y parvenir. Il essaie également de le convaincre de laisser tomber l’accusation et de libérer le gréviste sur-le-champ. Camillien Houde refuse catégoriquement et réplique à Michel Chartrand de sa voix tonitruante que les syndicats catholiques sont en train de l’assassiner à coups de crucifix. La suite de l’histoire: le gréviste dut comparaître devant le juge en chef de la cour municipale et il fut condamné à deux mois de prison pour avoir lancé un œuf sur un maire!

Il y avait, à ce moment-là, à la CTCC, un ancien juge du travail d’origine polonaise, M. Cracoski. Sa tâche consistait à organiser les travailleurs immigrés. Cet homme à l’esprit très pragmatique avait un petit côté «maquisard polonais». Dans un mauvais français que tous comprenaient, il aimait répéter: «Faut chaque jour quelque chose faire.» C’est cette consigne que Michel et d’autres organisateurs vont appliquer, à la lettre… S’il y eut l’opération «souris blanches», dont il a été question plus haut, il y eut également l’opération «largage d’abeilles».

Malheureusement, les abeilles ne faisaient guère peur car elles allaient très vite se réfugier dans les hauteurs du magasin. D’autres travailleurs, demeurés à l’emploi de la compagnie mais affectés à des tâches auxquelles ils n’étaient pas habitués venaient compliquer la situation pour les patrons. Ainsi, il arrivait fréquemment qu’un gicleur à incendie soit déclenché accidentellement, produisant ici et là des inondations. Par ailleurs, tous les vendredis, il y avait une manifestation de solidarité. La police arrivait, bien entendu, avec ses chevaux, mais il se trouvait toujours une petite maligne pour piquer les fesses des chevaux avec une aiguille à chapeau. On devine facilement la suite: les chevaux se cambraient et valsaient de tous les côtés avec leur cavalier paniqué qui devait suivre le mouvement malgré lui.
Dupuis et Frères et ses retombées
sur les enfants Chartrand

Le 28 juillet, après 13 semaines de grève, le conflit est réglé. C’est dans la gaieté et en chantant que les grévistes défilent rue Sainte-Catherine Est. «La paix est revenue», titre le journal de la CTCC, Le Travail.
Michel Chartrand jubile: les travailleurs ont obtenu la formule Rand — chaque employé doit désormais cotiser au syndicat —, et le principe de l’ancienneté est garanti par l’employeur, qui accepte de verser les augmentations de salaire demandées.

Simonne, pour la première fois, a pu voir Michel à l’œuvre au milieu des travailleurs en grève. C’est son premier contact avec ces hommes et ces femmes qui risquent confort et sécurité en se lançant dans une lutte incertaine pour l’amélioration de leurs conditions de travail et pour le respect de leur dignité.

Les enfants de Michel Chartrand participent malgré eux à la grève de leur père. Les religieuses les obligent en effet à prier pour son salut. Marie-Andrée, entre autres, se fait fort de renseigner les religieuses de son collège sur les conditions de travail des petits salariés. «Mon père n’est pas un communiste», clame-t-elle.
René Ouellette sera réélu président du syndicat tandis que Thérèse Desforges deviendra assistante-trésorière-secrétaire, poste qu’elle occupera sans interruption pendant cinq années. Elle quittera enfin Dupuis et Frères pour rejoindre Michel à l’imprimerie qu’il mettra sur pied, Les presses sociales.

De juillet 1952 à septembre 1953, Michel Chartrand devient «agent d’affaires» au Syndicat du commerce (dont fait partie le syndicat des employés de Dupuis et Frères). Il occupera ce poste de façon intermittente jusqu’en 1957.
Fernand Foisy a écrit quatres livres sur Michel Chartrand.
Le premier: Michel Chartrand - Les dires d'un homme de parole
Le deuxième: Michel Chartrand - Les voies d'un homme de parole.(1916-1967)
Le troisième : « Sacré Chartrand » (101 « best of » Michel Chartrand ) publié en 2002
Le quatrième : Michel Chartrand - La colère du juste (1968-2003)
Les quatre chez Lanctôt-Éditeur, http://www.lanctotediteur.qc.ca/
Visiter le site: http://www.michelchartrand.net
 
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