UN " CONTRAT " DE LA MAFIA SUR CHARTRAND
Chapitre 5
Humeurs du mouvement
Mouvements d’humeurs
Page 128 à 130
La lutte fratricide continue
Revenons à la confrontation Chartrand-Pepin. Le conflit qui les oppose culmine vraiment le 13 mai 1970 (…)
Après avoir pris connaissance des déclarations de Michel Chartrand et de Florent Audette, au cours des derniers jours, le comité exécutif de la CSN a résolu à l’unanimité de recommander au Conseil confédéral le 3 juin prochain de destituer ces deux personnes comme directeur du Bureau confédéral et du Conseil confédéral, pour préjudice grave causé à la CSN et ceci en vertu de nos statuts et règlements.
Marcel Pepin en rajoute. Selon lui, " Michel Chartrand est devenu la tête de pont des Unions américaines ". Rien de moins. (…)
Le problème relève aussi de l’éternel conflit qui oppose Montréal aux régions. La réalité de l'une ne peut pas être celle des autres. Vouloir imposer la même politique syndicale à tout ce beau monde relève d’une inconscience frisant le ridicule.
Le conflit survient au moment où le syndicat de Chartrand appuie un mandat de grève et fait alliance avec la FTQ, alors que la CSN négocie avec le gouvernement et son ministre du Travail, Pierre Laporte.
Pendant que ce dernier se réjouit des négociations, Chartrand, (à qui on demandait son avis sur le nouveau ministre) déclare qu'on peut difficilement faire confiance à quelqu'un qui a été successivement ou simultanément correspondant à Québec du journal Le Devoir, directeur de L'Action nationale, rédacteur du journal du député libéral Dupré et rédacteur des journaux de Redmond Roache, en anglais et en français le député de l'Union nationale dans Chambly.
"C'est une fille qui fait les quatre coins de rue en même temps ", conclut Michel à propos de Pierre Laporte.
Le lendemain, 14 mai, Chartrand et Audette se présentent devant les membres du SCM, qui leur accordent leur appui inconditionnel. Tous sont d’accord pour affirmer que Chartrand et Audette ont bien servi les intérêts des travailleurs. Chartrand s’est employé (selon ce que les journaux rapportent) (…)
Un " contrat " sur Michel Chartrand
Il y a pire dans cette saga qui aurait pu virer au tragique (et cela n’a jamais encore été dévoilé publiquement). J’ai appris, beaucoup plus tard, par une source que je ne peux nommer, mais qui est tout de même digne de foi, que pendant cette période un contrat sur la personne de Michel Chartrand a été donné à un tueur professionnel.
Voici, en substance, ce que cette personne, un journaliste, m’a révélé :
" Je montais l'escalier de l’Évangéline [une boîte de nuit propriété d’André " Dédé " Desjardins] en même temps que Dédé et des gens de la mafia. Un type a alors demandé à Dédé s'il voulait qu'il passe (dans le jargon du milieu, élimine) Chartrand et Audette; il était prêt à le faire free. Selon ce que j’ai entendu, Dédé aurait répondu : " Faites rien, attendez que je vous en parle ".
Audette, de son côté, m'a confié avoir appris de la bouche même du ministre de la Justice, Jérôme Choquette, au lendemain du dépôt de son Livre noir de la construction (dans lequel étaient identifiés les liens de la pègre avec certains syndicats), que ses services de police avaient intercepté des conversations où il était fait mention d'un mandat de la pègre contre lui et Michel Bourdon, (futur député péquiste) ce qui confirme que les menaces contre Michel étaient réelles et n'étaient pas un geste isolé.
Michel Chartrand, de son côté, ne m'a jamais parlé de ces menaces bien que je sache qu'il en avait eu vent.
( À suivre….)
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