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| Les traîneux de pieds |
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Samedi le 04 novembre, 2006 |
CHAPITRE DOUZE Les traîneux de pieds — Les curés à la bière comme tout le monde
Au terme de négociations infructueuses, les syndiqués de la Société des alcools du Québec (alors appelée la Régie des alcools du Québec) déclenchent une grève le 4 décembre 1964. Des lignes de piquetage ont été installées devant les bureaux de l’honorable société, au Pied-du-Courant. Mais le défilé incessant des prêtres venus quérir leur vin de messe et autres divines liqueurs suscite la grogne des piqueteurs.
Michel Chartrand éprouve beaucoup d’admiration pour le courage dont font preuve les grévistes à quelques jours de la période des réjouissances. Ces gagne-petit risquent de perdre le peu qu’ils ont. Ils sont les premiers fonctionnaires à affronter l’autorité gouvernementale.
Michel se pointe donc sur la ligne de piquetage pour manifester sa solidarité. Un seul comptoir y est demeuré ouvert pour desservir exclusivement la clientèle ecclésiastique. Voyant un prêtre qui, après avoir franchi la ligne de piquetage, revient avec son vin de messe,
Michel l’interpelle1:
— Qu’est-ce que vous avez là, monsieur l’abbé?
— Du vin de messe…
— Vous allez revirer de bord et ramener ça au comptoir… Vous prendrez un coup avec vos chums à la bière, comme tout le monde!
— Mais avec quoi vais-je célébrer ma messe?
— Vous la célébrerez au Pepsi, ça va faire pareil!
Ronald Asselin, le président du syndicat, s’esclaffe.
Michel Chartrand n’a pas que le sens du comique, il a aussi un sacré culot. Oser sermonner publiquement un prêtre, il faut le faire. Le brave abbé ne l’entend pas ainsi et il revient à la charge:
— C’est pour le bon Dieu que je fais ça, monsieur Chartrand.
— Moi aussi, je travaille pour le bon Dieu, monsieur l’abbé, ironise le célèbre moustachu aussi connu du peuple que le ministre Lévesque.
Pour Michel Chartrand, le syndicalisme, c’est la libération. Et se mettre en grève, c’est faire un geste d’homme et de femme libres.
Quand tu viens au monde, clame-t-il souvent, t’as pas le choix. Quand tu te maries, c’est pas la tête qui l’emporte. Quand tu te prends une job, tu prends celle que tu trouves. Quand tu décides de laisser ta job avec laquelle t’en arraches pour vivre, c’est que tu es décidé, c’est un objectif plus grand que le salaire que tu vas perdre. Mais pour ça, il faut d’abord être libre, il faut être dur et pur. |
Fernand Foisy a écrit quatres livres sur Michel Chartrand.
Le premier: Michel Chartrand - Les dires d'un homme de parole
Le deuxième: Michel Chartrand - Les voies d'un homme de parole.(1916-1967)
Le troisième : « Sacré Chartrand » (101 « best of » Michel Chartrand ) publié en 2002
Le quatrième : Michel Chartrand - La colère du juste (1968-2003)
Les quatre chez Lanctôt-Éditeur, http://www.lanctotediteur.qc.ca/
Visiter le site: http://www.michelchartrand.net
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