Jean Drapeau, le «candidat des conscrits», et Michel Chartrand
Lundi le 04 septembre, 2006
CHAPITRE CINQ
Unis dans l’amour et la lutte
Jean Drapeau, le «candidat des conscrits», et Michel Chartrand
En octobre 1942, le gouvernement fédéral déclenche deux élections partielles, l’une dans le comté de Charlevoix-Saguenay et l’autre dans Montréal-Outremont. C’est dans ce dernier comté que Michel fera ses premières armes en politique active. Les libéraux s’accordent déjà la victoire, avec leur candidat, le major général Léo-L. Laflèche, alors ministre des Services nationaux de guerre. Les partisans nationalistes n’entendent pas laisser Laflèche être élu sans opposition, même si les journaux anglais et la «grosse» presse appuient unanimement sa candidature. Toutefois, ni la Ligue de la défense du Canada, ni le tout nouveau Bloc populaire canadien ne veulent embarquer officiellement dans la bataille. On laisse les membres libres de participer ou non à la campagne.
Un étudiant en troisième année de droit de l’Université de Montréal et secrétaire adjoint de la Ligue, Jean Drapeau, se déclare alors le «candidat des conscrits». Les organisateurs de sa campagne axeront surtout leurs efforts dans le quartier populaire outremontois de Saint-Jean-de-la-Croix, situé au nord de la voie ferrée.
Marc Carrière, qui deviendra plus tard président du magasin Dupuis et Frères, est un homme respecté et respectable. Il offre ses services comme organisateur des assemblées publiques de Jean Drapeau. Il organise des assemblées populaires auxquelles Jean Drapeau, grâce ses talents d’orateur, réussit à attirer des foules nombreuses.
Carrière prend à quelques reprises la parole. Le 8 novembre, il déclare à l’emporte-pièce:
Je suis conscrit, mais je ne répondrai pas à l’appel militaire. Je ne porterai l’uniforme que pour servir ma patrie, le Canada, et non l’étranger.
Les journaux de langue anglaise réclament à grands cris son arrestation tout comme on l’avait fait pour le maire de Montréal, Camillien Houde, emprisonné au camp de Petawawa en Ontario depuis le 5 août dernier.
La Gendarmerie royale du Canada s’empresse alors d’arrêter, sans aucun mandat, le téméraire Marc Carrière. Cette arrestation se fait dans les locaux de l’organisation et Jean Drapeau assiste impuissant à l’événement. L’avocat Fernand Chaussé essaie de faire libérer Carrière, mais sans succès. La Loi des mesures de guerre sévit.
Michel Chartrand, toujours prêt à s’engager dans l’action, s’offre alors pour remplacer Carrière en tant qu’organisateur et orateur. Aidé d’une petite équipe de très jeunes militants, il organise les assemblées publiques du «candidat des conscrits», Jean Drapeau. Simonne, de son côté, utilise l’auto de son père pour emmener d’une salle à l’autre les organisateurs et les orateurs. Toutes les salles de sous-sol d’église, dans les quartiers populaires du comté d’Outremont, sont mises à contribution.
Tout comme lors du vote sur le plébiscite, Radio-Canada refuse encore une fois de donner gratuitement du temps d’antenne au «candidat des conscrits».
Michel Chartrand et son groupe tentent de recueillir quelques oboles auprès des militants afin de pouvoir acheter du temps à la radio privée. Et c’est Simonne qui, à la demande d’André Laurendeau et de son mari, prépare «avec soin, tact et ruses» deux émissions de radio pour les postes CHLP et CKAC.
La campagne électorale libérale débute officiellement le 22 novembre. Les libéraux mettent à contribution tous les gros bonnets du parti. Lors de leur première assemblée, de jeunes partisans anticonscriptionnistes chahutent les orateurs libéraux. Le comité d’organisation, dirigé par André Laurendeau et Jacques Perrault (ce dernier deviendra le mentor de Michel Chartrand), a en effet envoyé des militants pour justement remettre en question publiquement la position des conscriptionnistes.
Pierre Elliott Trudeau était de ce nombre. Au même moment, Michel Chartrand prend la parole dans une autre salle d’école et il a chargé Pierre Elliott Trudeau de prendre soin de Simonne, qui est enceinte de cinq mois. La bagarre éclate à l’arrière de la salle et Simonne est, comme plusieurs autres, bousculée et insultée par des membres du service d’ordre. Elle sera expulsée manu militari de l’assemblée, en compagnie, entre autres, de Pierre Elliott Trudeau, et jetée à la rue.