CHAPITRE DOUZE Les trois colombes
Jean Marchand a été réélu président de la CSN au quarantième et unième congrès, qui s’est tenu à Québec du 13 au 19 septembre 1964. Malgré cela, Jean Marchand, le 8 octobre 1965, adhère au Parti libéral du Canada avec deux complices, Pierre Elliott Trudeau et Gérard Pelletier, deux intellectuels qui ont, jusqu’à ce jour, toujours milité dans la mouvance du Nouveau Parti démocratique. Les «trois colombes» sont nées! Nos sauveurs sont maintenant arrivés.
Ce sont ces trois mêmes colombes québécoises qui promulgueront, le 16 octobre 1970, la Loi des mesures de guerre, autorisant ainsi plus de 4000 perquisitions à travers le Québec et 497 arrestations. Selon la Ligue des droits de l’homme, de ces 497 personnes arrêtées, 435 sont relâchées sans accusation. Au cours des perquisitions, on a saisi 33 fusils de chasse et 21 armes offensives. Parmi ces armes offensives, trois bombes fumigènes, neuf couteaux de chasse et un sabre! Ce qui fera dire à un député du NPD de la région de Toronto: «C’est l’insurrection la moins bien équipée qu’on n’ait jamais appréhendée.»
Jean Marchand ira jusqu’à déclarer — ce qu’il niera le lendemain, comme de coutume — qu’il y a plus de 3000 terroristes au Québec. Pour calmer le Canada anglais, Trudeau a imposé sa loi, Marchand a encore fait un fou de lui et Pelletier a suivi comme un mouton. Michel Chartrand sera du nombre des personnes perquisitionnées.
Lesage s’enfarge dans les fleurs du tapis
L’Union nationale, avec Daniel Johnson, fera glisser le tapis sous les pieds du «monarque» Jean Lesage, à la veille de l’Exposition universelle de Montréal, familièrement appelée EXPO 67. Ce parti remporte, le 5 juin 1966, la majorité des comtés avec seulement 29,4% du vote, tandis que le Parti libéral de Lesage en récolte 34,1%. Deux députés siégeront comme indépendants, ce qui ne signifie pas «indépendantiste»…
«Johnsonne», comme aime à le répéter Charles de Gaulle, recevra, à l’été 1967, le président de la République française en grande pompe, qui parcourra le Chemin du Roi depuis Québec jusqu’à Montréal où, du haut du balcon de l’hôtel de ville, il lancera devant une foule de plus 15 000 personnes son désormais célèbre «Vive le Québec… Vive le Québec libre!»
Le 3 août, François Aquin, député libéral, devient le premier député à siéger à titre de «député indépendantiste». En octobre, René Lévesque, suivi de quelques centaines de délégués, quitte avec fracas le congrès du Parti libéral du Québec, section québécoise, qui refuse d’entériner le principe d’un Québec souverain associé au reste du Canada. Le 19 novembre, il fonde le Mouvement souveraineté-association (MSA), qui deviendra officiellement un parti politique, le Parti québécois, en octobre 1968. Le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), sous la présidence de Pierre Bourgault, se saborde, invitant ses 16000 membres à gagner les rangs du PQ.
Michel Chartrand n’a participé ni de près ni de loin à la naissance du PQ. Néanmoins, il suit de près ces événements. Il avait, en 1963, assisté comme observateur au congrès du RIN. |