CHAPITRE NEUF Le CCF dans Longueuil
En 1933, en pleine crise économique, des fermiers et des ouvriers organisés autour de coopératives et de syndicats ont fondé, dans l’Ouest canadien, un nouveau parti politique, la Cooperative Commonwealth Federation (CCF), inspiré des programmes et des principes travaillistes d’Angleterre. Un socialisme d’inspiration chrétienne. C’est grâce aux pressions exercées par les députés de la CCF que le Parti libéral fédéral adopte certaines mesures sociales comme l’assurance-chômage et les allocations familiales. La CCF est l’ancêtre du NPD (Nouveau parti démocratique), fondé en 1961.
Pour Michel Chartrand, il est clair qu’il faut en tout temps discuter de pouvoir politique et qu’il ne faut pas hésiter à s’engager si cela s’avère utile. Le 13 août 1953, il fait le saut et se présente comme candidat de la CCF dans le comté de Longueuil. Mme Thérèse Casgrain, une femme très connue au Canada et encore plus au Québec, dirige l’aile québécoise de la CCF. Michel Chartrand ne possède ni organisation ni caisse électorales. L’excellente réputation de Thérèse Casgrain ne suffira pas à faire élire son candidat impétueux. Celui-ci perdra par une marge écrasante, mais cette amère défaite ne l’empêchera pas de se représenter quatre ans plus tard, en 1957.
Création de l’impôt provincial sur le revenu
Du 23 septembre 1949 au 24 février 1954, nous assistons à un débat d’envergure sur les modifications à apporter à la Constitution canadienne. Louis-Stephen Saint-Laurent, premier ministre fraîchement élu, est convaincu que le gouvernement fédéral peut changer, seul, la Constitution lorsqu’il s’agit des pouvoirs exclusifs de sa juridiction exclusive. Il ne se sent nullement obligé de consulter les provinces. Duplessis, le premier ministre du Québec, est en total désaccord avec la position de Saint-Laurent, qui bénéficie de l’appui de Londres.
Le 8 février 1951, Duplessis fait à l’Assemblée législative une déclaration importante:
J’ai répondu (en décembre 1950) que la province de Québec était la première province du Canada, peuplée par les pionniers du Canada. Si vous croyez que nous avons été un obstacle au progrès, nous sommes prêts à nous retirer. La province de Québec est capable de vivre et de se suffire à elle-même.
Pressé par les chambres de commerce et par l’Union des municipalités, Duplessis forme, à son tour, une Commission d’enquête sur les problèmes constitutionnels. Il nomme le juge en chef Thomas Tremblay président de cette commission. Quelques mémoires suggèrent l’établissement d’un impôt provincial. Sitôt le rapport de la Commission déposé, le 14 janvier 1954, le ministre provincial des Finances du Québec, Onésime Gagnon, présente un projet de loi sur l’impôt provincial qui sera adopté en troisième lecture, le 24 février 1954.
Saint-Laurent est furieux et se lance dans une attaque en règle contre le gouvernement du Québec. Duplessis relève le défi et l’apostrophe:
Jamais, affirme-t-il, un politicien anglais n’a osé affirmer que le Québec n’était pas différent du reste du Canada. Et il a fallu un compatriote pour le dire! Affiliation: jamais! Abdication des droits fondamentaux: jamais! Substitution de subsides fédéraux aux pouvoirs essentiels de taxation: jamais, jamais! Contrôle direct ou indirect d’Ottawa sur nos écoles: jamais! Sur nos universités: jamais! Sur notre enseignement secondaire: jamais!
Le propagandiste n’informe plus
Michel Chartrand n’aime pas les façons de procéder des élus des syndicats du vêtement. Il décide donc de partir, sans trop se préoccuper de son avenir syndical. Gérard Picard lui avait demandé d’agir comme propagandiste au sein de la CTCC, mais il sait qu’il pourra tout aussi bien être utile ailleurs, en aidant de nouveaux syndicats. Son contrat d’embauche s’étend du 1er novembre 1953 au 1er mai 1954, et il touche 75$ par semaine. Le 1er mai 1954, son contrat prend fin automatiquement. Le tout-puissant Jean Marchand, alors secrétaire général de la CTCC, refuse alors de renouveler le contrat du cofondateur du syndicat des permanents de la CTCC. Rancunier, il a bonne mémoire et ne pardonne pas facilement. Michel Chartrand n’a pas d’autre choix que de suivre la procédure normale prévue à la convention collective de travail: il dépose un grief en bonne et due forme. Fait étonnant, c’est Pierre Elliott Trudeau qui présidera le tribunal d’arbitrage. |