ÉPILOGUE1 Militant un jour, militant toujours
Le salon du livre de Montréal et la campagne électorale
Le samedi 21 novembre 1998, nous sommes au Salon du livre de Montréal, installés au stand de Lanctôt Éditeur. Émile Boudreau et Marcel Pepin, deux auteurs qui viennent d’y voir paraître leur biographie, signent des dédicaces.
Claude Jasmin s’est déclaré malade et il ne pourra être présent. Raymond Lévesque, muet comme une carpe et sourd comme un pot, regarde tendrement défiler les passants intimidés par ses sourires candides et chaleureux. Pierre Bourgault est venu faire un saut, sans s’être annoncé, mais il n’a pas voulu s’attabler pour signer des dédicaces.
Louis Fournier, l’auteur d’une Histoire du FLQ, est également présent. Récemment, son ouvrage, véritable bible sur l’avant et l’après-Octobre 1970, a fait l’objet d’une mise à jour. Tous les livres publiés par Lanctôt, depuis trois ans, soit depuis sa création, sont bien en évidence sur les tables et les présentoirs. Les badauds regardent, fouillent, cherchent une nouveauté, une curiosité, ou tout simplement une figure connue. De grosses piles de mon livre, Michel Chartrand/Les dires d’un homme de parole, ne peuvent pas passer inaperçues. Des visiteurs le prennent, le feuillettent nerveusement. N’en pouvant plus, fébriles et l’œil brillant, ils nous posent les questions qui leur brûlent les lèvres:
— Est-ce que M. Chartrand est là? Va-t-il venir? Quand arrivera-t-il?
Jacques Lanctôt me regarde, d’un air triste. Il est plutôt déconcerté: sa vedette, Michel Chartrand, ne veut pas quitter Jonquière, où il mène à fond de train une campagne électorale contre le premier ministre du Québec, Lucien Bouchard.
— Non, nous regrettons, madame, Michel Chartrand est retenu dans le comté de Jonquière, où il mène sa campagne électorale.
— Ah, nous aurions tellement aimé le voir, lui dire combien nous sommes d’accord avec lui et l’encourager à poursuivre son œuvre. C’est un personnage important pour le Québec. Il ne nous a jamais trahis, lui. Pensez-vous qu’il va venir demain ou après-demain?
— Malheureusement non, madame, il ne peut s’absenter de Jonquière.
— C’est bien dommage, nous aurions tellement aimé le saluer et le voir en personne, c’est un monsieur tellement attachant.
Cette admiratrice et Jacques Lanctôt ne sont pas les seuls à être déçus. Moi non plus, je ne suis pas très heureux de cette absence. Michel Chartrand, depuis qu’il a décidé de se présenter comme candidat «indépendant» dans le comté de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, a dû annuler de nombreux engagements. Les organisateurs du Salon du livre de Rimouski comptaient, eux aussi, sur la présence du bouillant et coloré syndicaliste. Ils en avaient fait leur vedette principale et on avait imprimé des affiches annonçant sa venue.
Il devait également être présent au Congrès du Conseil central du Montréal métropolitain (CSN) — dont il a été président pendant 10 ans. La FATA, son dernier bébé, avait organisé un bien-cuit afin d’amasser des fonds dont elle a un grand besoin. Michel Chartrand, entre autres, devait y cuisiner Émile Boudreau. Pas de Chartrand là non plus. Sans parler des citoyens de Hull qui l’attendaient pour une conférence, ni d’une autre organisation qui aurait apprécié qu’il soit présent à l’occasion de la remise d’un prix à la mémoire de Simonne, etc.
L’appel de la politique a pris le dessus. Michel Chartrand a annulé tous ces rendez-vous, et bien d’autres, pour pouvoir se donner sans compter à la campagne électorale contre Lucien Bouchard, le premier ministre du Québec et chef du Parti québécois, dans le comté de Jonquière.
Je me suis dit: «Tant pis, nous serons sûrement de nouveau ensemble au prochain Salon du livre de Montréal, en novembre 1999, et nous pourrons rencontrer notre public. |