CHAPITRE NEUF Encore et toujours l’opposition Chartrand-Marchand
La CTCC tient son trente-troisième Congrès à Montréal, du 10 au 25 septembre 1954. Michel profite alors de l’occasion pour lancer un léger avertissement au secrétaire général Jean Marchand: il a décidé de se présenter contre lui au poste de secrétaire général. Marchand contrôle parfaitement bien son organisation et sa réputation est intacte à l’intérieur de la CTCC: on ne sera donc pas surpris de sa réélection. N’ayant récolté qu’une vingtaine de voix, Chartrand s’empressera de rassurer Marchand sur ses véritables intentions.
Si je me suis présenté contre vous, lui révèle-t-il, mi-sérieux, mi-sarcastique, c’est que je voulais vous rassurer sur votre réputation et vous démontrer que vous étiez toujours aussi populaire. Si vous aviez été réélu par acclamation, sans opposition, vous auriez pu entretenir des doutes sur votre popularité à l’intérieur de notre mouvement syndical.
L’arbitre Pierre Elliott Trudeau
Le 16 septembre 1954, un tribunal d’arbitrage est enfin saisi du grief que Michel Chartrand a déposé il y a quelque temps déjà. Le tribunal est présidé par nul autre que Pierre Elliott Trudeau! L’arbitre syndical est le président du syndicat, Maurice Vassart, et l’arbitre «patronal», dans ce cas-ci, est René Gosselin, qui sera dissident du verdict.
Ce premier cas d’arbitrage, dans la courte histoire du syndicat des permanents, crée tout un émoi dans les rangs de la CTCC.
Pour le syndicat, il est évident que Michel Chartrand a obtenu sa permanence dès son engagement parce qu’il a travaillé depuis plus d’un an dans différentes sections syndicales. Conséquemment, il ne peut être congédié que pour des motifs graves. Or, l’employeur n’a fourni aucun motif grave pour justifier son renvoi.
La partie «patronale» prétend de son côté qu’en aucun temps elle n’a voulu embaucher Michel Chartrand à un poste pouvant lui accorder droit à la permanence et qu’elle ne l’aurait jamais engagé si elle avait su qu’il pouvait acquérir ce droit. Elle demande alors au secrétaire général de la centrale syndicale nouvellement réélu, Jean Marchand, de venir témoigner pour corroborer ses dires. Celui-ci s’empresse, bien évidemment, d’affirmer que Michel Chartrand n’a pas les aptitudes requises pour exercer de telles fonctions. «Il est incapable de s’entendre avec le mouvement, affirme-t-il. De plus, il s’affiche avec le parti CCF.» Marchand étant très près du Parti libéral, il ne peut accepter une telle filiation.
Le tribunal tranche quelques semaines plus tard. Il rejette les allégations de la partie «patronale» et exige que Michel Chartrand soit réinstallé dans ses fonctions. De plus, on devra lui payer son salaire hebdomadaire de 75$ pour tout le temps qu’il aura été sans salaire.
Au tout début du mois de novembre, Michel Chartrand réintègre donc la CTCC. De 1954 à 1957, il sera licencié à deux reprises, mais chaque fois il gagnera sa cause en arbitrage contre Marchand.
Les choses vont commencer à bouger drôlement avec l’arrivée de Michel Chartrand au Conseil central de Shawinigan. Les dirigeants, les notables, les commerçants, et Marchand lui-même tout autant, n’ont qu’à bien se tenir! |