Samedi le 11 novembre, 2000 |
La taverne Grillon, angle Dorion et Ste-Catherine. Difficile de trouver plus montréalais et plus prolétaire. Depuis le 31 octobre, on y présente l’Homme des Tavernes, un happening théâtral .
Concept original : les spectateurs (une centaine de buveurs) et les acteurs (une vingtaine de faux-biberons) évoluent sur le même plancher : celui de la taverne. Cette proximité avec les comédiens, voire cette intimité, ajoute une forte dose de réalisme à la pièce. Un peu comme si on vous permettait de monter sur la scène pendant une représentation de Broue.
Mais oubliez Broue. Rien à voir. De l’humour de taverne certes, avec les personnages-clichés et morons qu’on imagine, mais aussi des notes poétiques et des attaques au coeur qui, mêlées au vulgaire houblon, sonnent crues et ramènent des vérités enfouies. C’est la dernière journée de Coco le proprio-barman et la première journée où les femmes sont admises dans ce sanctuaire de la mâlitude, ce qui explique la présence de Valérie Le Maire incarnant Mathylde avec un ton subtilement juste.
Une belle trouvaille : quand les comédiens vont uriner ou sniffer aux toilettes, une caméra cachée nous permet de les voir et entendre dans toute leur splendeur sur écran géant. Un accès inusité à ce haut lieu de l’intimité masculine qui nous vaut par ailleurs des confessions inattendues.
Écrit et mis en scène par Louis Champagne, la pièce fait aussi ressortir monsieur Jacques Caron, un sexagénaire qui s’est découvert des talents indéniables d’acteur et qui, pour une grande partie, paraît-il, a inspiré l’auteur.
Pour mon ami Yussef, un bon bougre de Mascouche, cette sortie fut un choc assez raide avec la culture montréalaise. Cette tragie-comédie-country-documentaire se poursuit jusqu’au 25 novembre, du mardi au samedi à 20 h. Réseau Admission (790-1245). Une belle sortie avant d’amorcer le sprint fou du temps des Fêtes.
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