Samedi le 11 juin, 2005 |
L’avenue du Mont-Royal n’a pas échappé à cette foudroyante invasion des établissements dédiés au café. Les grandes bannières y ont toutes leurs machines à espresso, de Second Cup à Starbucks, en passant par Van Houtte et Café Dépôt, sans oublier l’originale Les Co’Pains d’abord.
Atmosphère décontractée où le temps ne semble pas avoir d’emprise sur les clients flâneurs qui sirotent leur dose de caféine nonchalamment. Avez-vous remarqué tous ces gens qui écrivent dans les cafés? Sur un ordi portable, dans un vieux cahier, dans un calepin ou sur des feuilles mobiles, ça compose fort dans les cafés, comme si l’inspiration était comprise dans le prix du liquide brun. L’auteur Ken Scott admet même y avoir écrit l’essentiel de son scénario La Grande Séduction.
Mais qu’est-ce qui active les plumes et claviers dans les cafés? Une petite enquête rapide et non scientifique dans les cafés de l’Avenue m'a livré l’amorce d’une réponse. Quelques jours avant l’équinoxe du printemps, la tournée des cafés me a livrait ces confidences…
Chez Van Houtte, Martine, milieu de la vingtaine, pianotait calmement sur son PC-DEL. « J’écris ma thèse de doctorat en gestion des ressources humaines, nous a-t-elle avoué le sourire aux lèvres. J’ai besoin du mouvement autour de moi lorsque j’écris. Ça me stimule et, comme je traite des humains dans mon texte, je suis bien servie dans les cafés. »
Dans un autre coin, je tombe sur Pierre-Yves également étudiant. Sur son lap-top Mac, il transpose les éléments d’une thèse de recherche en marketing. Il invoque le changement comme explication à sa présence dans un café. De fait, il suit un rituel qui lui fait faire la navette entre son domicile, la bibliothèque et les cafés. Ces changements de décors lui procurent la variété d’ambiance requise pour ce long marathon d’écriture.
Chez Starbucks, cette jeune demoiselle écrivait, sur papier, une lettre qui traverserait l’Atlantique pour être lue à Londres (dans un pub ?) par une copine qui y expérimente le marché du travail tout en perfectionnant son anglais. Je déteste la froideur des courriels pour ce genre d’échange, m’a-t-elle déclaré. L’ambiance du café et le va-et-vient de la clientèle me conviennent parfaitement.
Dans le Second Cup, j’ai rencontré le personnage que j’anticipais. Équipé d’un portable lui aussi, Jean-Luc est écrivain. Pas encore édité, s’empresse-t-il de souligner. « Je suis en exercice de style. Comme une sorte de repérage. J’accumule des descriptions physiques de personnages que je pourrai inclure dans mes histoires. J’aime bien l’anonymat des cafés et l’atmosphère un peu bohème qui s’en dégage ».
Vous êtes donc avertis. En sirotant votre prochain espresso, peut-être deviendrez-vous, à votre insu, l’espion ou l’homme d’affaires véreux, la pute, la mère ou l’ingénue amoureuse dans un prochain best-seller… Souriez! On vous observe !
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