Mardi le 13 décembre, 2005 |
La première fois que j’ai vu Fabien Cloutier, il était sur les planches de La Licorne à nous débiter le conte urbain Ousqu’ié Chabot ? J’y ai alors observé un espèce d’hurluberlu complètement éclaté qui nous racontait sa virée à Montréal avec Chabot, son chum des Cantons de l’Est.
L’épopée loufoque de deux campagnards dans la grande ville, racontée par un acteur furieusement comique et diablement expressif. C’était le 6 décembre dernier, soir de première.
La deuxième fois que j’ai vu Fabien Cloutier, c’était le 9 décembre dernier au resto-café Eldorado de l’avenue Mont-Royal, dans le cadre de cette entrevue.
Pour dire vrai, je n’ai pas reconnu le chum de Chabot quand il y a fait son entrée. Physiquement, l’ajout des lunettes et la coiffure m’ont induit en erreur. Par la suite, le calme et la pondération du comédien, la teneur de ses propos et la gestuelle minimale, tout ça contrastait fortement avec le clown déjanté qui m’avait tant fait rire 64 heures auparavant.
Je vous entends déjà rétorquer : «Mais c’est normal, il est comédien!». Normal tant que vous le voudrez, je serai toujours fasciné par des contrastes aussi marqués. Fabien Cloutier s’avère retenu et posé, humble et, ajouterais-je, presque timide. Comment atteindre cette exubérance et cette folie verbale et physique sur les planches ? Sur un simple claquement de doigts? Alors donnez-moi la recette et je me lance dans l’humour.
L’acteur-comédien reconnaît forcément ce contraste et ne peut l’expliquer, ajoutant au passage qu’il n’est pas le seul dans la confrérie à jouer sur les deux tableaux. Les comiques ne sont pas tous des boute-en-train dans la vraie vie et certains s’avèrent même raseurs à l’occasion.
Né à Sainte-Marie-de-Beauce en 1975 dans une famille ouvrière, Fabien Cloutier y a expérimenté les seize premières années de sa vie, en gardant des souvenirs exquis qui influencent encore aujourd’hui son engouement pour une certaine simplicité apaisante. Sa caricature des deux lascars de Scottstown fêtant à Montréal se veut davantage un clin d’œil qu’une raillerie.
Un séjour dans le gros village de Québec pour amorcer et compléter un DEC en Sciences Humaines. Ses escapades antérieures dans le théâtre amateur au secondaire lui donnent l’audace de s’expatrier à Sainte-Thérèse, au cegep Lionel-Groulx qui, comme chacun le sait, se veut la Mecque du Québec en matière de théâtre au collégial.
Me croirez-vous si je vous apprend que l’autorité du module théâtre l’a retourné chez lui après une année, l’informant qu’il serait bien avisé de réorienter sa carrière . . . Fabien Cloutier aurait probablement aimé voir la face forcément médusée de cet interlocuteur en écoutant le public de la Licorne hurler de rire la semaine dernière.
Retour à Québec pour trois années au Conservatoire d’Art dramatique, une institution plus petite, mais davantage conviviale et sympa. Le comédien s’est également trouvé une voie fort gratifiante : initier et stimuler la fibre théâtrale chez les adolescents : élaboration d’ateliers, de mise en scène et de spectacles avec la jeunesse et même quelques séjours au Maroc, en Roumanie et en Serbie pour y dispenser son expertise aux élèves d’outre-mer.
Pour les Contes urbains, c’est une encontre fortuite avec Yvan Bienvenue, l’initiateur du concept, qui a mené Fabien Cloutier à présenter Ousqu’ié Chabot ? à Montréal. La proposition est arrivée trois mois avant la première et l’écriture a nécessité une trentaine d’heures pour ce texte de 22 minutes. Une semaine pour la mise en mémoire, quatre répétitions devant les autres conteurs, quelques corrections et hop !, c’était parti.
Fabien Cloutier a également écrit l’Affaire Tartuffe, basée sur l’histoire de la ville de Québec et il a joué dans une douzaine de productions théâtrales dont Iphigénie ou le péché des dieux et Impromptu. Il me mentionne également un projet entamé qui se voudra une série télévisée pour les jeunes, axée sur le corps humain : une écriture différente ou le minutage-télé impose des contraintes inhabituelles. Pour 2006, ajoutons un séjour en Espagne avec un nouveau groupe d’adolescents mordus de théâtre.
Dans sa présentation des Contes Urbains, Karine Cousineau écrivait : « Il aime le western, fait son compost, possède un nain de jardin mais n’est jamais passé à Flash ». Je complète le tableau avec mes flashes en rafales :
Son livre : L’avalée des avalées de Réjean Ducharme.
Son disque : Solitary Man de Johnny Cash.
Son film : Pour la suite du monde de Perreault avec un clin d’oeil à Léolo.
Les gens hautain lui titillent le gros nerf.
Il relaxe pleinement en chassant le chevreuil et en pêchant la truite.
Il se serait bien vu en ébéniste.
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