Samedi le 13 avril, 2002 |
Je ne suis pas très pro-police. Bien sûr, il en faut pour «policer» et mater les bandits et délinquants qui transgressent allègrement la Loi et les règlements de cette société. J’en ai plutôt contre une certaine mentalité policière et le power trip qu’elle dégage et que l’on retrouve souvent chez les jeunes agents fraîchement émoulus de l’institut de Nicolet.
Vous les connaissez bien ces jeunes baveux qui ont la certitude bien ancrée au fond du cerveau.
Il y a de ça plusieurs années, j’avais déclaré à mon pote Hubert : quand mon gars aura seize ans, je préférerais qu’il me dise «Pa, j’suis gay» que «Pa, j’m’en va dans la police». Avoir comme but dans la vie de la gagner en pinçant ses semblables devenus drogués ou voleurs ou batteurs de femmes, voilà une bien triste perspective d’existence et je ne la souhaitais pas pour mon fils.
Bon, je m’éloigne de mon sujet. Canal D l’autre nuit: un court métrage de l’ONF intitulé : La vie en bleu. Un reportage à vif sur l’itinérance dans un quartier rough de Vancouver. Coin Hastings et Main Street, dans un secteur judicieusement baptisé Skidrow (l’allée de la dérape!). Je connais le coin pour y être passé à quelques reprises et franchement, la vie n’y est pas jojo. Un des pires coins en Amérique du Nord pour la défonce.
Dans ce reportage, deux flics de Vancouver s’y promènent et, chose originale, l’un d’entre eux a remplacé sa matraque par une caméra-vidéo. Pas pour filmer les flagrants délits. Que non! La caméra tourne pour enregistrer les témoignages de ces morts-vivants. Montrer le pathétique et le sordide, mais aussi et souvent le côté malgré tout sympa de ces humains dont plusieurs ont une truculence vraiment spéciale.
Tous et toutes, unanimement, dénoncent l’héro et la coke. Sachant que les bouts de films seront présentés aux jeunes des écoles de la région, ils n’hésitent aucunement à les mettre en garde contre le poison. À l’appui de ces mots : des images de ces mêmes personnes en plein délire. Je vous jure, ça fesse. Et de voir ces camés visionner les images d’eux mêmes prises quelques jours plus tôt…… Ils en ont froid dans le dos.
J’en arrive à mes deux flics. Ou devrais-je dire travailleurs de rue? Dans la jeune trentaine, ils se balladent dans le quartier en appelant la «clientèle» par leurs prénoms. Les paumés qu’ils assistent sont reconduits en désintox plutôt qu’emprisonnés. Le smack est confisqué plutôt que conservé comme preuve.
«J’ai complètement changé de mentalité depuis que je patrouille le Skidrow. Ces gens ont souvent un passé aussi noble que vous et moi. On ne m’avait pas présenté la chose ainsi dans mon cours de policier». Voilà qui est fort révélateur, ne trouvez-vous pas?
En regardant la «vieille» Denise (40 ans à peine) sortir de son sac de couchage dans la ruelle, le soir de sa fête, pour recevoir un cadeau des flics (un carton de cigarettes), je me suis dit que je n’aurais pas honte de voir mon fils travailler de la sorte.
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