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André Lortie = hobby signaleur
 

Jeudi le 14 juillet, 2005



C’est prouvé, de nombreux montréalais sont fanatiques de Formule 1 et les 121 000 spectateurs qui ont bravé la canicule de 12 juin dernier pour voir triompher Kimi Raikkonen le démontrent clairement. André Lortie y était mais il n’a pas payé pour y assister, même s’il était mieux placé que tous les pdg et invités de marque : André est signaleur.


André Lortie, c’est l’un des deux fils de mon ami Camil, l’autre étant Alain, le célèbre (!) éclairagiste que s’arrachent les Robert Lepage et Peter Gabriel de ce monde.

Une enfance dans les ruelles du populaire quartier Villeray vers la fin des années 50 et une entrée sur le marché du travail dès après son secondaire : c’est la ligne droite qu’a choisi André Lortie. Toujours chez le même employeur trente années plus tard, il supervise aujourd’hui l’impression chez le puissant groupe Transcontinental, celui qui tient tête au convergent Québécor de vous savez qui.

Ses premières vibrations pour les "gros chars" lui sont transmises par "mononk Paul" m’avoue-t-il en souriant. Et son premier Grand Prix remonte à octobre 1978, cette première que remportait Gilles Villeneuve, dans un froid sibérien, sur le circuit qui porte désormais son nom. Bien sûr qu’il n’en a manqué aucun depuis cette piqûre fatale.

Au milieu des années 80, avec un copain mordu, il réalise en partie son fantasme motorisé en participant à des courses de karting aux quatre coins du Québec. Bonnes compétitions mais exigeantes pour le budget.

En 1997, sur le Réseau des Sports, André Lortie apprend qu’on cherche des signaleurs pour les courses au Québec. Bingo, c’est parti! Après une intense journée d’informations techniques, André Lortie accumulera les "journées" de courses, que ce soit pour les motos, les rallyes routiers et le karting sur les pistes du Québec et ailleurs. Car, voyez-vous, l’expérience et les classes pour les signaleurs, s’expriment justement en "journées" de courses.

De 0 à 25 journées, c’est le novice. De 25 à 50, on commence à vous traiter en signaleur. Avec plus de 50 journées, on vous permettra de sortir du Québec et quand vous aurez accumulé plus de 150 journées, vous aurez acquis le statut d’expert. André Lortie avait 224 journées sous le capot lors de notre entretien...

Le premier Grand Prix de mon expert : Montréal 98, l’année du championnat de Jacques sur sa Williams. En 2000, une autre première pour André : le Grand Prix d’Indianapolis aux USA, où 225 furent choisis parmi 5000 appliquants. Sur la photo, André est à l’extrême droite.

Et le 18 septembre prochain, la totale : il s’en va "signaler" à Spa-Francorchamps au Grand Prix de Belgique.

Les signaleurs sont toujours en groupe de 8 à 10 sur différents points névralgiques d’un circuit et on leur assigne l’une des trois responsabilités suivantes :

 Flagman, la plus connue, avec les sept drapeaux agités selon une codification précise
 Intervention directe sur la piste pour assistance ou déblayage
 Communications radio avec la régie de course

André m’avouera, sans m’étonner, sa préférence pour l’intervention directe. Je vous joins même une photo de sa première intervention en F1 lorsque Eddie Irvine et sa Ferrari se sont immobilisés dans le bac sablé de l’épingle en 1998. Le plus grand, tout de blanc vêtu à l’arrière, c’est le signaleur Lortie.

André insiste sur un point : le signaleur qui pratique le style "spectateur" ne connaît jamais une très longue carrière. Il faut y être constamment éveillé, attentif et allumé parce que ça n’est pas un jeu. Et une solidarité qui s’installe fortement entre les membres de chaque groupe.

André m’indique d’ailleurs les trois grandes priorités en sécurité : 1- mon cul 2- le cul de mon coéquipier 3- le cul du pilote. Pour se le rappeler, il me mentionne cette course sur le circuit de Trois-Rivières, où il s’est brûlé pas moins de sept doigts (malgré le port des gants) en voulant retirer de la piste un morceau de tuyau d’échappement. Il a terminé ce weekend avec … sept catins au bout des doigts...plutôt que deux mitaines.

Bien sûr, la F1, c’est comme le caviar du signaleur. Mais pour y être invité, il faut constamment faire la tournée des autres catégories moins "glamour" sans quoi, ce snobisme se retournera contre vous. D’ailleurs, c’est bien connu, les signaleurs ne sont pas payés. Bien sûr, ils ne paient pas leur entrée et on leur fournit la bouffe sur le site.

Toutefois, le transport et l’hébergement sont défrayés par le signaleur, de même que son habillement blanc ignifuge. Le billet d’André pour la Belgique est donc à sa charge, mais des collègues belges lui éviteront les frais d’hôtellerie en l’accueillant chez eux.


André Lortie n’est pas très groupie et n’a donc que peu d’autographes des grandes vedettes de la F1 qu’il a côtoyées. En fait, il n’a que celles du double champion du monde Mika Hakkinen (McLaren et de Juan Pablo Montoya (Williams) qu’il a obtenues dans un centre d’achat d’Indianapolis où les deux pilotes s’amusaient, presque incognito, à...courser sur une machine vidéo dans une arcade !

Par contre, André alimente et entretient jalousement son petit musée personnel de F1 avec les modèles réduits qu’il collectionne, de même que quelques morceaux d’aileron, mag ou pneu récupérés sur la piste au fil de sa carrière de signaleur.

Il ne faut pas être prophète de malheur, mais je souhaite quand même à André Lortie une intervention majeure lors du prochain Grand Prix de Belgique. Question de faire jaillir son adrénaline.
En rafales...

 L’édition 2005 du Grand Prix de Montréal détient désormais le record de la température la plus chaude : 53 degrés sur la piste avec 62 en humidité. C’était donc pire qu’à Kuala Lumpur en Malaisie ! André attend son T-Shirt " I survived to Montreal GP 2005 ".

 Il y a quelques filles " signaleuses ", mais elles n’ont pas le droit de travailler au Grand Prix de Monaco. Raison ? Le Prince (récemment décédé) ne voulait pas. Comme il interdisait les signaleurs de plus de 50 ans ! Ne reste plus que deux années à André...

 Il y a 150 signaleurs au Québec, tous membres de l’Association des Signaleurs Routiers du Québec (asrq.com ) et André Lortie soutient, en toute modestie, que les québécois (anglos comme francos) ont une très bonne réputation d’efficacité.

 Au dernier GP de Montréal, André était en poste tout près du "mur du Québec", là où les bolides frôlent la catastrophe en centimètres après avoir négocié la dernière courbe qui précède la ligne d’arrivée. Pas pire spot, comme dirait l’autre...


 
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