Mercredi le 15 juin, 2005 |
À sa première escapade, Nicolas Ruel n’avait que 15 ans : il a fait une tournée des grandes villes du nord de l’Amérique pour en rapporter des photographies qu’il qualifie aujourd’hui de simples cartes postales.
Qu’importe, la piqûre fit son effet. Les photos qu’il rapportait de l’Équateur l’année suivante annonçaient déjà son engouement pour les images, l’éclairage, les gens et les formes. Un artiste prenait son envol.
Né à Montréal au début des années 70, Nicolas Ruel habite le Plateau Mont-Royal depuis une dizaine d’années. Les plus intéressantes, s’empresse-t-il de souligner. Après deux années au collège du Vieux-Montréal où il a effleuré les relations internationales, c’est en cinéma qu’il a écoulé deux autres années à l’UQAM. Voyages et Images : les deux principaux éléments sur lesquels se bâtira sa prestigieuse carrière de photographe.
Attachez votre ceinture, c’est parti : Venise, Prague, Rio de Janeiro, Arizona, Tunisie, Moscou, les Alpes françaises, Bali, Costa Rica, Barcelone, Nicaragua, Laos, Cambodge, Thailande et j’en oublie plusieurs pour vous éviter le mal de l’air.
Destinations de reportages personnels ou commandés par les magazines et revues (Canadian Geographic, Photo Life, Decormag, Elle Québec et Plaisir de Vivre) qui apprécient son regard particulier sur les gens, les paysages et l’architecture. Placez votre œil dans la lucarne du www.nicolasruel.com : un bijou de site web. Parole de chroniqueur, vous serez ravis.
Moment privilégié de cette entrevue : dans la pénombre du vaste studio, une projection des portraits du dernier périple en Asie où, sur fond de musique douce, alternent des figures d’enfants avec les visages ridés de leurs ancêtres. Belles émotions. Nicolas Ruel n’est surtout pas un voleur de portraits. Il travaille près de ces gens (focale 28-70mm) et ces derniers le lui rendent bien en s’adressant directement à son objectif avec leurs yeux.
Le Noir et Blanc tient encore sa place dans la production de Nicolas Ruel, une part qu’il évalue à 20%. Sur film et à l’aide de son traditionnel Nikon F100, il privilégie cette technologie, que beaucoup ont abandonnée, pour réaliser les portraits de haute qualité. Lorsque la couleur intervient, les possibilités infinies du numérique prennent le haut du pavé et l’appareil Canon éclipse les autres.
Un studio vaste et moderne où trône au centre un immense parapluie noir anti-reflet entouré de toiles de fond, rideaux et autres réflecteurs. Certaines journées, une douzaine de collaborateurs s’y démènent, du modèle au photographe, en passant par l’éclairagiste, la styliste, la maquilleuse et les différents accessoiristes, tous concentrés sur le produit final qui devra respecter l’heure de tombée.
Dans l’album sélectif que j’ai pu consulter, j’ai remarqué ces métros de Moscou effilochés dans leur mouvement, la mine impayable de ce vendeur de poupées russes, les couleurs éclatées du carnaval de Rio, les dunes de Tunisie enrobées de soleil, une Prague nocturne et combien d’autres images exceptionnelles qui viennent confirmer ce talent qui lui a permis de remporter plusieurs prix depuis le début du millénaire. Dans l’œuvre de Nicolas Ruel, l’observateur transcende le technicien et le cadreur domine l’objectif.
À la mi-septembre, Nicolas Ruel présentera une exposition rétrospective de sa carrière, jumelée aux images de son dernier séjour en Asie. Je vous l’affirme : ça vaut amplement le déplacement. Qui plus est, il s’agira d’une présentation novatrice sur un support inédit qui doit demeurer secret jusqu’au jour J.
Professionnalisme, sensibilité et assurance complètement dénuées de prétention ou de tape-à-l’œil : voilà ce que j’ai retenu de cette rencontre avec Nicolas Ruel.
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