Mercredi le 16 mars, 2005 |
Non, Gérald Godin n’est point natif du Plateau. Dans les faits, il est né en 1938, dans le fief de Maurice Duplessis, aux Trois-Rivières. Faut le faire!
Journaliste, poète et politicien : tels sont les grands axes de la carrière de cet homme qui avait choisi le Plateau Mont-Royal pour compléter son parcours terrestre.
Le journaliste faisait ses débuts locaux aux Nouvellistes, puis à Radio-Canada (1963-69) et à la direction générale de Québec-Presse (1969-72).
Il a également fondé Parti Pris qu’il a dirigé de 1969 à 1977. On a dit de lui qu’il était journaliste comme on recherche la vérité, modestement et sans prendre la pose.
Se plaignant que le journalisme ne débouchait pas sur l’action et son humanisme le poussant à l’action plus directe, la politique est donc devenu le chemin naturel qui l’a mené vers ses semblables.
Une entrée en politique spectaculaire. Comment oublier cette victoire inattendue et devenue symbolique de cette élection de 1976 ? Dans un comté à l’image du Québec (majorité franco et ethnies minoritaires), il porte un grand coup de balai et expédie l’impopulaire Bourassa hors de l’Assemblée Nationale.
Ministre des Communautés Culturelles et de l’Immigration (1981-1985) et brièvement à la Culture après le départ de René Lévesque, Gérald Godin ne s’est jamais éloigné de ses commettants. En équilibre sur sa vieille bicyclette, ses nombreuses tournées dans le Plateau ont fait le délice des médias. Affligé par une longue maladie, son corps s’est éteint en 1994, précédant de quelques années le départ de sa muse, la fière et si belle Pauline Julien.
C’est davantage au poète que les résidants du Plateau ont voulu rendre un hommage impérissable en créant la Place Gérald-Godin.
Les habitués du métro Mont-Royal ont tous lu cet hommage aux travailleurs immigrants, tiré du recueil Sarzènes. Sur la grande façade direction sud, des mots vrais, quotidiens et sincères qui reflètent l’admiration de ce québécois pure laine devant l’effort de ces hommes et femmes déracinés qui sont venus gagner leur croûte dans notre coin du globe.
« En poésie, il faut oser être simple, modeste, familier. Je ne suis pas un poète de laboratoire. Je suis dans la ruelle derrière. Je fais une poésie de piétons. »
Pour illustrer cette citation de Gérald Godin, je vous suggère la lecture d’un extrait tiré du recueil Les Cantouques, édité chez Parti Pris en 1967, l’année même où un certain général d’outre-mer était venu chanter sur le balcon de notre Hôtel de Ville.
Cantouque menteur
les Louis Riel du dimanche
les décapités de salon
les pendus de fin de semaine
les martyrs du café du coin
les révolutavernes
les molsonnutionnaires
mes frères mes pareils
hâbleurs de fond de cour un jour
on en aura soupé
de faire dans nos culottes
debout sur les barricades
on tirera des tomates aux Anglais
des oeufs pourris des Lénine
avant d'avoir sur la gueule
la décharge de plombs du sergent Dubois
du royal Vanndouze
à l'angle des rues Peel et Saint'Cat
c'est une chanson de tristesse et d'aveu
fausse et menteuse comme une femme
et pleureuse itou avec un fond de vérité
je m'en confesse à dieu tout puissant
mon pays mon Québec
la chanson n'est pas vraie
mais la colère si
au nom du pays de la terre
et des seins de Pélagie
Il vous reste un peu de temps ? Offrez-vous une deuxième lecture de cette confession tiraillée entre le courage et l’abnégation, la colère et l’impuissance, la fierté et la déception. Tel que nous sommes.
|
| |
|