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Tempête cinq années plus tard
 

Samedi le 17 décembre, 2005


Le 15 décembre 2000, il y a donc 5 années presque jour pour jour, je vous présentais le texte « Montréal blanc : la rançon des moineaux ». Avec cette première belle bordée de neige, il me semble pertinent de vous re-présenter ce texte, avec mon plus beau clin d’œil à tous les banlieusards de la terre!

Les champions internationaux du placotage sur la température sont bien servis : frette et blanc comme le chantait naguère notre brasseur national. Un 30 cm en ce vendredi : voilà une bien belle intro pour cet hiver qui, notons-le en passant, ne commence officiellement que le 21 décembre.

Les autobus qui se déguisent en courant d’air, les cols bleus qui sortent doucement de leur torpeur, les milliers de pelles qui s’activent en cherchant les candidats à l’infarctus, les Goodyear-Pirelli-Firestone qui s’esquintent à plein régime pour trouver le centimètre de bitume qui les projettera par en avant, l’indice de courtoisie des chauffeurs de chars qui plonge allègrement avec de nombreux majeurs pointant vers les cieux . . . et la neige qui poursuit son ballet.

Mais les Montréalais en ont vu d’autres. À ces inconvénients, à ces irritants de la vie courante, ils n’opposent pas de véritable colère. Tout au plus laissent-ils percevoir un léger tapement de pied exprimant un début d’impatience. Bien appuyés sur leur manche de pelle, ils observent stoïquement tout ce brouhaha causé par la circulation.

J’ai même détecté la naissance d’un véritable sourire dans ces visages rougis par l’effort et le gel. Mais pourquoi ce sourire, me suis-je demandé. Pourquoi les Montréalais affichent-ils ce petit air baveux sur les bords? J’ai posé la question à la ronde et après avoir récolté quelques haussements d’épaules, un vaillant pelleteur du quartier de la Petite-Patrie m’a donné un début de réponse :

"C’est la rançon des moineaux, mon cher monsieur. Mon beau-frère demeure en banlieue. À chaque rencontre, il se fait un malin plaisir de me vanter les vertus du grand air et du gazouillis des oiseaux qui le réveillent le matin. Cette semaine, il passe au cash : six heures dans son char pour venir travailler à Montréal et retourner chez lui! Aujourd’hui, ses moineaux, il peut toujours les écouter sur un CD... en suivant ses milliers de voisins à la queue-leu-leu ".

Et puis, le Montréalais s’est remis à pelleter joyeusement.
 
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