Samedi le 18 mai, 2002 |
Les animaleries connaissent une explosion des ventes de stock pour les oiseaux. Que ce soit pour les mangeoires multiples ou les bouffes diverses, l’ornithologie et ses dérivées grapillent davantage les goussets québécois depuis une dizaine d’années.
Les gens des régions et les banlieusards ont évidemment la chance de chouchouter une plus grande variété de volatiles. Pour les urbains vivant dans les zones à forte densité de population, la chose est moins évidente.
À Montréal, dans le Plateau, Villeray ou la Petite-Patrie, prendre un café matinal en observant un geai bleu, un cardinal, un junko, une mésange ou un pic chevelu, ça relève presque de l’utopie.
Le béton des villes ne semble attirer que les milliards de moineaux domestiques qui larguent leurs tonnes de fientes (pour ne pas dire bouses) autour des mangeoires que les humains accrochent à leurs balcons.
Au siècle dernier (c’était au printemps 99 ...), j’ai éprouvé la grande joie d’observer un couple de roselins familiers bâtir son nid sous la toiture surplombant la façade avant de mon domicile.
Le rouge vif colorant la tête et le poitrail du mâle et la sveltesse de la femelle me reposaient du morne gris-brun des moineaux. Et surtout, surtout, ces nouveaux colocs ne chiaient pas des flaques blanches, se limitant à déféquer de minuscules boulettes noires et sèches, faciles à éliminer.
Pour la première fois de ma vie, j’ai nourri des oiseaux : petite table, petit bol d’eau fraîche et des graines de chardon qui ont l’immense avantage de n’être gobées que par mes roselins. Les moineaux n’ont pas le bec requis pour briser l’écorce de ces graines et doivent donc s’en passer, à ma très grande satisfaction.
Depuis, mes colocs reviennent à chaque printemps pour dresser leur nid (des centaines et des centaines de voyages pour apporter les brindilles qui façonneront la pouponnière). Et je poursuis mon œuvre de grand bienfaiteur nourricier. Les nouveaux-nés piaillent depuis deux semaines.
Mais ce matin! Ce matin! Énervement inhabituel sur le balcon. Mes colocs crient, battent de l’aile, font des piqués et rasent les murs, affolés par je ne sais quoi. Coup d’œil dans la fenêtre, que vois-je? Un énorme (!!!) étourneau bien planté dans le nid, essayant de repousser les charges répétées des parents.
Mon sang n’a fait qu’un tour. N’écoutant que mon courage, je suis sorti avec fracas sur le balcon, tel un épouvantail mécanisé, criant de toutes mes forces (sacres à l’appui) pour effrayer l’intrus.
La sale bête n’as pas demandé son change et s’est enfuie illico. Je suis rentré, héroique, je me suis assis devant l’écran et attaqué furieusement le clavier pour vous raconter cette aventure palpitante...
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