Vendredi le 23 mars, 2001 |
Le jour de mes trente ans, je n'avais déjà plus un seul cheveu sur le dessus du caillou. J'avais déjà pris le parti de ne jamais coiffer mon crâne d'une quelconque moumoute, trouvant cet artifice bien plus risible que le simple étalement d'une calvitie précoce.
Bien sûr, j'ai dû subir et encaisser de multiples sarcasmes et farces, souvent grosses et faciles, parfois subtiles et franchement hilarantes. Toutefois, le cumul des années, l'habitude et peut-être aussi la sagesse ont grandement diminué l'impact de ces piques et de ces craques en même temps qu'elles se raréfiaient.
Je m'en vais vous confier une anecdote dans laquelle je n'ai certes pas eu le beau rôle, vous saurez en convenir. Été 87, après-midi de canicule lourde. Délivrance! J'entre dans une salle du cinéma Berri avec mes deux enfants de 6 et 8 ans. Ahhhhh ! L'air climatisé!
Peu de spectateurs. En fait, seule une dame et sa fillette sont assises au milieu de la salle. J'y prends place, quelques sept ou huit rangées plus bas. Petit détail : je porte ma casquette rouge et or des Forty-Niners qui faisaient la pluie et le beau temps dans la NFL à cette époque.
Je ressens soudainement un léger tapotement sur l'épaule gauche. C'est la dame spectatrice qui me dit à voix basse:
- Monsieur, nous sommes à l'intérieur et, par galanterie, pourriez-vous enlever votre casquette?
Un peu surpris, je lui rétorque :
- Franchement, t'as pas quelque chose de plus intéressant à faire pour occuper ton temps?
Outrée, elle revient à la charge :
- Je ne vous ai par permis de me tutoyer monsieur!
Sentant la moutarde me monter au nez, je me calme et lui lance avec un magnifique sourire :
- Alors ma chère dame, je VOUS prie donc d'allez voir ailleurs si j'y suis!
Elle est retournée à sa place en maugréant quelques phrases inaudibles, mais sûrement peu amicales. Non mais! Pour qui se prenait-elle, cette bourgeoise? Je n'étais quand même pas coiffé d'un haut-de-forme qui lui bloquait la vue!
Le film a commencé et l'incident s'est résorbé de lui-même. Environ trente minutes plus tard, nonchalamment, j'ai enlevé la casquette qui m'indisposait. La vilaine chipie est aussitôt passée à l'attaque. J'ai ressenti à nouveau le petit tapotement sur l'épaule gauche. Regardant le dessus de mon crâne dégarni avec un sourire revanchard, elle m'a glissé dans le creux de l'oreille :
- Monsieur, je m'excuse infiniment. Je ne pouvais pas savoir pour vos cheveux. Vous pouvez remettre votre casquette. Encore une fois,veuillez m'excuser...
La crucifixion! Voilà ce à quoi j'ai pensé en cette seconde précise. Des clous et un marteau, vite! Mais, en bon gentleman, j'ai laissé la dame savourer sa victoire sans réplique, les mots s'étant volatilisés dans ma frustration.
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