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Jean-Robert Bisaillon
De bâtard à bât...isseur
 

Mardi le 31 mai, 2005




Après la poignée de main de l’accueil, Jean-Robert Bisaillon m’a donné le CD sur lequel est gravé le dernier spectacle de French B au Comité social du Centre-sud le 31 janvier 1998. Fort sympathique début d’entrevue, vous en conviendrez...

Jean-Robert Bisaillon est Montréalais de naissance, mais très tôt il quitte avec sa famille pour l’île voisine de Laval où se dérouleront enfance et adolescence. Au début des années 80, il y complète son collégial avec une furieuse envie de revenir « en ville ».

Ce séjour au cegep Montmorency lui aura tout de même permis de prendre contact avec la musique via la radio étudiante et l’organisation de spectacles, notamment un concert mémorable de Offenbach. Il y fait aussi la connaissance de Richard Gauthier qui sera son acolyte pour les quinze années suivantes.

Entrée en musique à l’université Concordia, le band Disappointed a Few People est formé avec son pote Richard et quelques anglos, une aventure qui conduira à l’édition d’un disque vinyle et la trouvaille du nom de groupe qui les servira dans les années suivantes. En effet, par raillerie ou ironie, les anglos du groupe interpellaient les francos par la délicieuse expression french bastards. D’où le French B par lequel ils se feront connaître.

Les bâtards quittent l’univers de Shakespeare et rallient Roger Myron à la guitare et Martin Petit (non, pas celui-là) à la batterie. Avec la voix et les paroles de Richard Gauthier, les claviers et les interventions technos de Jean-Robert Bisaillon, vous avez l’essentiel de French B, les mauvais garçons qui vogueront ensemble une dizaine d’années.

C’est la chanson Je me souviens qui les fera connaître. La superbe mélopée assortie de paroles touchant la langue de Tremblay, Ferron et Gauvreau, comporte également une série d’échantillonages insérés par Jean-Robert Bisaillon : on y entend des extraits de discours de Bourassa, de Gaulle, Parizeau et le célèbre sacraman de Charlebois sur Engagement.

Trois disques suivront ce tube d’envol : French B (91), Légitime Démence (93) et Au-delà du délai (96). Les chansons fortement engagées socialement et politiquement n’ouvriront pas les ondes des grosses radios et la teneur résolument urbaine de leur production les emprisonne dans la métropole. Personnellement, je retiens la décapante chanson Waiter! que nous hurlions en chœur, le bock de bière bien haut levé...

En parallèle aux années moins mouvementées de French B, la production musicale subit les assauts de la technologie et du numérique. Jean-Robert Bisaillon y souscrit fortement et poursuit son apprentissage et ses découvertes. Fort conscient des difficultés d’intéresser les grosses boîtes à diffuser et distribuer les groupes et les créations émergentes et alternatives, il pousse son analyse et la recherche de contacts.

Ce brassage d’idées conduira à la mise sur pied de la SOPREF, la Société pour la Promotion de la Relève Musicale de l’Espace Francophone, dont il assumera la direction générale de la naissance en 1998 jusqu’à novembre 2004. Les bands de garage, de sous-sol ou de collège n’arrivent que difficilement à intéresser les maisons dominantes et influentes de l’industrie. La SOPREF veut systématiser les modèles d’autoproduction et accroître la visibilité de ces créateurs.

Un réseau difficile à installer qui exige patience et persévérance. De me dire Jean-Robert : « Si chaque ville du Québec avait son Ange Vagabond (opéré par Michèle Méthot au 1899 de l’Avenue), il n’y aurait plus de problèmes ». La SOPREF poursuit donc inlassablement son travail essentiel. Auto-financé par la vente de disques, de livres et d’adhésions, elle distribue pas moins de 200 micro-producteurs et comprend 8 salariés permanents.

La SOPREF collabore également à la revue française Longueurs d’ondes, une revue éditée à Bordeaux, mais imprimée en Espagne sur des presses de... Québécor World. Paradoxe. Mais la lumière semble poindre au bout du tunnel suite aux succès des Cowboys Fringants, Loco Locass, Trois Accords, Paul Cagnello, Abdigradationistes, Tomas Jensen et autres créateurs qui se sont élevés hors des sentiers officiels. Des joyaux qui démontrent que la musique indépendante n’est pas éphémère au Québec.

Toujours membre du CA de la SOPREF, Jean-Robert Bisaillon cogite présentement la mise sur pied d’une maison d’édition pour la gestion d’œuvres (et non celle d’artistes), de droits d’auteurs et de débouchés pour les émergences. Son blogue naissant, youyou.ca, vise la réflexion et les échanges sur le phénomène. Bâtir sur la diversité culturelle, devrais-je conclure.
 
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