Vendredi le 05 août, 2005 |
 Caroline Rompré
Succéder à une presque légende, ça n’est pas évident. Mais quand c’est la légende elle-même qui vous transmet sa passion, ses connaissances et sa confiance, le relais s’absorbe mieux et la gestion quotidienne de l’entreprise semble moins lourde.
Caroline Rompré dirige depuis cinq ans le vidéoclub Vidéotron le plus performant de la chaîne avec ses idées, sa fougue et un enthousiasme qui doivent aujourd’hui faire sourire son mentor.
Val d’Or PQ. Dans la lointaine Abitibi de Raoul. Trois filles dans la famille d’un père à l’emploi de Télébec. Des préférences culturelles pour Caroline Rompré qui complète son adolescence au cegep de Rouyn-Noranda en Arts et Lettres. Et l’exode quasi inévitable pour compléter sa scolarité à l’UQAM en enseignement de langue. La nouvelle Montréalaise aimerait bien enseigner le français, mais comme langue seconde.
Des voyages entre les sessions de cours dont quelques uns en option cinéma, un médium qui l’attire progressivement. Mais ce goût du voyage qu’elle pourrait allier avec l’enseignement du français à l’étranger…
«Et soudain Roland est arrivé dans ma vie» me déclare Caroline Rompré.
Roland, c’est Roland Smith, un monument dans l’éducation cinématographique des montréalais. Le cinéma Outremont des années folles, la programmation marginale et combien différente des salles conventionnelles dédiées aux majors américains, l’éveil aux productions de cinéastes géniaux non-alignés, tout ça c’était Roland Smith et sa salle bondée de cinéphiles curieux et comblés.
Les baby-boomers montréalais ne peuvent avoir oublié ce El Topo de Jodorowsky ou ce Harold and Maud de Hal Ashby que les fébriles années 70 ont produites: des monuments qui ont tenu l’affiche plus d’une année dans ce cinéma Outremont, le bébé de Roland Smith de 1971 à 1987, à l’origine de notre soif de l’autre cinéma et de ces festivals qui, aujourd’hui, se chicanent toujours…
Et Caroline dans tout ça ? En 1998, elle entre à la succursale Vidéotron de l’avenue du Mont-Royal que dirige… Roland Smith. Un choc instantané. Il y a des atomes crochus entre la nouvelle commis et le patron. Ce dernier flairant le talent de la recrue délègue responsabilités et dossiers : paperasse, comptabilité, personnel, bref l’organisation proprement dite de la boîte. Caroline Rompré apprend vite et devient l’assistante directe de Roland Smith avant de lui succéder en 2001 lors de son départ pour le siège social de l’empire.
Le sens de l’organisation : la clé indispensable pour diriger cette fourmilière. La nouvelle patronne semble douée pour rallier ses troupes et mettre en place les mécanismes de gestion qui font rouler cette entreprise très achalandée.
Caroline Rompré a forgé son caractère au contact de Roland Smith, un artiste qui n’était pas trop facile d’approche. En lui succédant, elle s’est donc impliquée à fond et les semaines de soixante heures se sont succédées, avec un enthousiasme évident pour développer la section Répertoire, le bébé que lui a légué Roland. Pour le reste, c’est l’organisatrice talentueuse qui a pris les commandes.
Parlant répertoire, saviez-vous que parmi ses 40 succursales (il y a aussi 150 franchisés), Vidéotron ne présente que trois comptoirs dédiés au cinéma de répertoire ? Et que les deux autres succursales sont également situées dans le Grand Plateau (secteurs Jeanne-Mance et Mile-End)? Y aurait-il surabondance de cinéphiles avertis dans le quartier?
Avec un brin de philosophie, Caroline Rompré avance qu’elle se sent davantage enseignante que gestionnaire dans ses fonctions. Elle apprécie particulièrement ses conversations avec la clientèle et la sélection de son personnel qu’elle prétend le meilleur, le faible taux de rotation semblant lui donner raison.
Pas évident de se démarquer dans l’univers de la convergence. L’arrivée du DVD bouscule les habitudes et « la gérante du 21 » (son titre ironique) doit se battre afin de conserver ses vieux films en VHS pour une clientèle qu’elle sait présente dans le quartier. En fait, pour mener sa barque à bon port, il faut oublier un peu la bannière pour personnaliser l’accueil et l’offre des produits, me confie la gardienne du répertoire.
Je mentionne un nuage noir à l’horizon : ces locations « à la carte », présentement à l’essai dans certaines régions et qui envahiront bientôt tous les domiciles dotés du système Illico. Caroline Rompré me fait comprendre que ce compétiteur éventuel, il est dans la famille Vidéotron lui aussi. Elle affirme en outre qu’il y aura toujours une place pour SON comptoir dans la tête des vrais cinéphiles, d’où l’importance de bien alimenter la section répertoire.
Et pour mes petites questions en rafales, je l’ai torturée en lui demandant d’identifier son meilleur film. Je reconnais l’injustice et lui propose de terminer mon texte en vous livrant en vrac les 11 films qui l’ont touché le plus, le tout dans un ordre aléatoire.
Twin Peaks (série + long métrage) David Lynch
Apocalypse Now de Francis Ford Coppola
Godfather (I,II,III) toujours de monsieur Coppola
In the Mood for Love de Kar-Wai Wong
Amores Perroes de Alejandro Gonzàlez Inàrritu
Hiroshima mon amour de Alain Resnais
The Seventh Seal de Ingmar Bergman
Le Confessional de Robert Lepage
Shallow Grave de Danny Boyle
Lost in Translation de Sofia Coppola
Being John Malkovich de Spike Jonze
En rafale...
Un groupe musical qu’elle adore: les Pixies
Cinéma? Puiser dans la liste plus haut …
Elle n’aime guère les gens qui sont négatifs a priori
Son plaisir: les voyages
J’étais pas pire au volleyball.
J’aurais voulu être une...scénariiiiiiiiste
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