Mercredi le 09 juillet, 2003 |
Je vous en ai déjà glissé quelques mots. Cécile est affligée par cette saloperie d’Alzheimer. Évidemment, sa lucidité a encore péréclité depuis cette chronique de mai 2001. Cette maudite mémoire qui fout le camp, jour après jour.
Étrangement, c’est la « mémoire récente » qui disparaît en premier. Comme si le quotidien perdait son importance et s’enveloppait dans une brume quelconque dès son accomplissement. Un mystère que les chercheurs et scientifiques n’arrivent pas à cerner correctement.
Avec l’évolution de la maladie, les souvenirs plus anciens s’estompent également avec une vitesse qui varie d’une victime à l’autre.
Depuis deux ans, Cécile est soignée et observée dans une institution voisine du domicile de ma sœur aux Iles-de-la-Madeleine. Je suis allé la serrer dans mes bras à quelques reprises depuis. L’été dernier, la vlimeuse me réservait une surprise de taille.
Là, sur les hauteurs de la falaise du Gros Cap, regardant la mer s’étaler jusqu’à l’infini, sans avertissement et inspirée par ce qu’elle voyait, elle s’est mise à nous réciter un texte. La jetée. Un long poème d’une centaine de strophes dans lequel une mère engueule l’océan qui lui a ravi un mari et un fils.
Avec les intonations vocales et la gestuelle que lui permettent ses quatre-vingt-deux printemps, Cécile nous déclamé tout ça d’un trait dans l’air salin et le soleil maritime. N'ayant jamais entendu cette tirade, j’étais abasourdi avec le cœur gonflé comme une grande voile claquant dans le vent.
Comment peut-on se souvenir PARFAITEMENT d’un texte aussi long et ne pas mémoriser son adresse et parfois même le nom de son village ? Vous pouvez m’expliquer ça monsieur Alzheimer ?
Le bonheur, c’est que Loulou ait filmé cette magnifique prestation sur vidéo. Pour ne jamais OUBLIER ce souvenir hors du commun.
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