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Pierre Luc
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Dimanche le 16 novembre, 2003
Si auparavant Fred Pellerin racontait toutes sortes d’histoires pour gagner sa vie, aujourd’hui l’artiste de St-Élie de Caxton a fait du conte SA VIE.
Après Michel Faubert, il serait le conteur le mieux rémunéré au Québec, il a deux livres-CD (chez Planète Rebelle) à son actif en quatre ans de carrière, rares sont les festivals qui ne tiennent pas à sa participation, sa présence garantit des salles pleines, nous pourrions ajouter qu’il est devenu une vedette. Voyons ce que le principal intéressé en pense.
-Fred Pellerin par-ci, Fred Pellerin par-là, les commentaires sont toujours élogieux, on vous dit le «Mozart du conte», ça vous gêne si on vous accole le mot «vedette»?
-Ben, une vedette, une vedette… ça va ben, en fait. Ça délire, ça disjoncte, les publics qui sont là aiment ça… C’est peut-être des adons mais c’est vraiment la belle vie! C’est plus que j’aurais pu rêver. Je ne pensais même pas qu’on pouvait vivre du conte au Québec. Donc, je laisse aller les affaires.
Les vieux qui racontaient
-D’où vous est venue l’impulsion de raconter?
-Ça m’est venu des vieux, comme des un peu moins vieux, autour de moi: ma grand-mère, Eugène Garand, pépère, Jacques Langlois, Ferdinand Garceau qui racontaient des histoires et que nous écoutions.
En fait, ils ne se rendaient pas compte qu’ils racontaient, c’était un peu comme on discute, mais tout d’un coup ils disjonctaient, ils prenaient le plancher. J’aimais ça les écouter.
Puis je suis devenu guide touristique dans ma région, à St-Élie de Caxton, j’ai travaillé dans l’animation, toutes des jobines qui ont fait que j’ai disjoncté à mon tour, que je prenais le plancher…
Après ça, j’ai vu Michel Faubert, Alain Lamontagne et Jocelyn Bérubé, et j’ai découvert que c’était possible de le faire.
-Vous vous êtes senti chez vous dans cet univers…?
-Oui.
-Et puis on se promène à travers le monde…
-Dans la francophonie en fait : Canada, France, Belgique, Suisse, je ne suis pas allé en Afrique encore : ça va venir. Il y a des réseaux de contes : une dizaine au Québec, 70 en France…
-Certains comme Lamontagne, Bérubé et vous-même ajoutez de la musique, elle fait partie intégrante de vos spectacles…
-J’ai ma guitare, un harmonica et j’embarque mon accordéon dans le char quand je ne suis pas trop paresseux. Sinon, c’est de la mandoline. Je joue aussi un peu du piano. La musique, j’en faisais surtout quand j’étais dans le groupe traditionnel Les tireux de roche. Mais disons que je m’arrange pour voyager le plus léger possible.
Des histoires de son village
-Chose certaine, vous semblez vous amuser, sur scène comme ailleurs.
-Je joue beaucoup avec l’humour. On me demande souvent si je suis un humoriste, mais j’aime mieux être étiqueté «conteur», parce que c’est mon but, conter des histoires de mon village.
-Un peu cabotin, non, cherchant à faire rire les audiences?
-Oui, mais en même temps, bien souvent les gens rient et je ne sais même pas pourquoi. J’ai la paranoïa du pantalon ouvert, d’une saleté au bout du nez, je me demande toujours s’il n’y a pas quelque chose qui dépasse… Bon, ça rit, donc je prends ce courant-là. C’est un bel outil, c’est vendeur, le rire. Dans le sens où une fois que les gens ont un peu ri, nous pouvons les amener ailleurs si nous le voulons.
Conseil aux aspirants
-Qu’est-ce qu’on dit, Fred Pellerin, aux personnes qui se sentent interpellés par le conte, comment peuvent-elles s’y engager?
-En écoutant, la plus grande qualité d’un conteur étant d’écouter. Après ça, ils prennent le micro qui leur est offert. Le conte est tellement facile, autant par l’oreille que dans sa pratique.
Contrairement à la musique et au théâtre où ça prend de la formation, des amplificateurs, des éclairages, une machine de production. Le conte, on prend juste une chaise de bois et un micro quand il y a beaucoup de monde. C’est facile de s’essayer.
-Il en existe des endroits avec le micro ouvert pour débutants?
-Aux Mardis Gras de L’Intrus, rue Rachel à Montréal, la deuxième partie est réservée aux gens de la salle. Ils prennent le micro et racontent une histoire, point final.
Pierre LUC
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